Après l’Eurobond inaugural de 1,25 milliard de dollars, la Direction générale de la dette publique aligne les chiffres et remet les pendules à l’heure sur le niveau d’endettement de la RDC
Kinshasa. Il fallait mettre les chiffres sur la table. Depuis la première émission d’un Eurobond souverain de la République démocratique du Congo, le 9 avril 2026, pour un montant de 1,25 milliard de dollars américains, les interrogations sur l’évolution de la dette publique se sont multipliées dans l’opinion. Pour répondre aux spéculations, la Direction générale de la dette publique (DGDP) a rendu publiques les données actualisées du portefeuille de la dette congolaise.
Et les chiffres permettent de mieux cerner la réalité.
Au 31 décembre 2025, avant l’émission obligataire internationale, l’encours de la dette publique congolaise s’établissait à 15,012 milliards de dollars, dont 9,731 milliards de dette extérieure et 5,282 milliards de dette intérieure. Au 30 juin 2026, après l’Eurobond et les autres mouvements intervenus dans le portefeuille, l’encours atteignait 18,552 milliards de dollars, soit un niveau inférieur à 20 % du PIB selon la DGDP.
La hausse est donc réelle et chiffrée. Elle ne saurait toutefois être attribuée au seul Eurobond : la DGDP précise qu’elle résulte de l’émission obligataire ainsi que d’autres mouvements du portefeuille.
18,55 milliards de dollars au 30 juin
Dans le détail, la dette extérieure représentait 11,464 milliards de dollars, soit environ 62 % de l’encours total, tandis que la dette intérieure atteignait environ 7,088 milliards, soit 38 %.
La dette intérieure comprend notamment 3,184 milliards de dollars d’encours de titres publics domestiques et 3,904 milliards d’arriérés budgétaires.
Ces données donnent une photographie plus précise du portefeuille et permettent de dépasser les lectures fondées uniquement sur le montant global de la dette.
La DGDP insiste notamment sur la structure du portefeuille, élément essentiel dans toute appréciation de la soutenabilité de l’endettement.
Une majorité de financements concessionnels
Autre élément mis en avant par l’organe technique de l’État chargé de la gestion de la dette : les financements concessionnels représentent 68,61 % du portefeuille concerné par cette classification.
À l’inverse, les financements non concessionnels représentent 31,39 %. Ils comprennent notamment les titres publics domestiques, pour 21,83 %, l’Eurobond, pour 8,57 %, et les créances commerciales extérieures, pour 0,99 %.
La structure ainsi présentée montre que l’Eurobond, malgré son caractère inédit pour la RDC, ne constitue qu’une composante du portefeuille global.
Son poids est évalué par la DGDP à 8,57 % dans la structure des financements non concessionnels.
Le baptême du marché international
Le 9 avril 2026 restera comme une date importante dans l’histoire financière de la RDC.
Pour sa première émission souveraine internationale, le pays a levé 1,25 milliard de dollars, répartis en deux tranches : 600 millions de dollars à cinq ans, avec un rendement de 8,75 %, et 650 millions de dollars à dix ans, avec un rendement de 9,50 %. Le carnet d’ordres a dépassé 5 milliards de dollars, soit une demande représentant environ quatre fois le montant recherché.
Cette opération a donc diversifié les sources de financement de l’État congolais.
Mais elle constitue également une nouvelle obligation financière pour le Trésor. À ce titre, son coût et son service devront naturellement être intégrés dans la gestion budgétaire des prochaines années.
Des ratios encore sous les seuils prudentiels
C’est précisément sur ce terrain que la DGDP entend rassurer.
Selon les données communiquées en septembre 2026, les principaux indicateurs de viabilité demeurent, dans le scénario de base, en dessous des seuils prudentiels.
La valeur actuelle de la dette extérieure représente 10 % du PIB, contre un seuil de 30 %.
La valeur actuelle de la dette publique atteint 10,5 % du PIB, contre un seuil de 35 %.
Enfin, rapportée aux exportations, la valeur actuelle de la dette extérieure s’établit à 27 %, alors que le seuil retenu est de 140 %.
Ces écarts entre les ratios observés et les seuils constituent l’un des principaux éléments avancés par la DGDP pour apprécier la situation actuelle du portefeuille.
Il convient toutefois de préciser qu’il s’agit d’indicateurs établis dans le scénario de base. Leur interprétation doit donc tenir compte des éventuels chocs économiques et budgétaires susceptibles d’affecter la trajectoire de la dette.
Le service de la dette sous surveillance
La question ne se limite d’ailleurs pas au stock de dette. Le véritable enjeu réside également dans la capacité de l’État à assurer régulièrement le service de ses engagements.
Pour 2026, la DGDP projette le service de la dette publique à environ 840,09 millions de dollars, dont 438,99 millions de dollars pour la dette extérieure, Eurobond compris, et 401,10 millions pour la dette intérieure.
Pour 2027, le service projeté s’établit à environ 836,27 millions de dollars, dont 501,27 millions au titre de la dette extérieure et 335 millions pour la dette intérieure.
Ces montants donnent une autre dimension au débat : la soutenabilité de la dette dépend non seulement du niveau de l’encours, mais également de la capacité du budget national à supporter durablement les échéances et les charges financières.
La prudence reste de mise
Sur ce point, l’analyse du FMI apporte une nuance importante.
Dans son analyse de soutenabilité de la dette publiée en 2025, le Fonds monétaire international maintenait la RDC à un risque modéré de surendettement extérieur et global, tout en considérant que le pays disposait d’une certaine marge pour absorber des chocs. Le FMI relevait parallèlement des vulnérabilités liées notamment à la mobilisation encore limitée des recettes, aux arriérés domestiques et aux éventuelles obligations contingentes.
Autrement dit, les chiffres de la DGDP ne traduisent pas une situation d’endettement hors de contrôle. Mais ils ne signifient pas non plus que la question de la dette peut être définitivement évacuée.
La trajectoire dépendra notamment de la croissance, des recettes publiques, de la qualité des dépenses, des conditions des nouveaux emprunts et de la capacité de l’État à utiliser les financements mobilisés dans des investissements générateurs de croissance.
Une dette à surveiller, mais des indicateurs sous contrôle
Le tableau dressé par la DGDP est donc plus nuancé que ne le laisse supposer la polémique née après l’émission de l’Eurobond.
Oui, l’encours de la dette publique a augmenté, passant de 15,012 milliards de dollars fin 2025 à 18,552 milliards au 30 juin 2026.
Oui, l’État congolais vient d’entrer sur le marché international des capitaux avec une émission de 1,25 milliard de dollars.
Mais, dans le même temps, les indicateurs de viabilité publiés par la DGDP demeurent sous les seuils prudentiels dans le scénario de base : 10 % contre 30 % pour la dette extérieure rapportée au PIB, 10,5 % contre 35 % pour la dette publique, et 27 % contre 140 % pour la dette extérieure rapportée aux exportations.
Le débat sérieux ne consiste donc ni à nier l’augmentation de la dette ni à la présenter comme une catastrophe automatique.
Il consiste à suivre sa trajectoire, son coût, son service et surtout l’utilisation des ressources empruntées.
Le véritable test sera l’utilisation de l’emprunt
L’enjeu pour Kinshasa est désormais de transformer la capacité d’emprunt en capacité de développement.
L’accès au marché international constitue certes une diversification des sources de financement. Mais il impose également davantage de discipline dans la gestion des ressources publiques.
Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas seulement le montant levé sur les marchés internationaux. Il sera aussi la capacité des pouvoirs publics à orienter ces ressources vers des investissements susceptibles d’élargir la base productive, d’améliorer les recettes futures et de renforcer la capacité de remboursement de l’État.
La DGDP, en tant qu’organe technique chargé de la gestion et du suivi de la dette publique, place pour sa part le portefeuille dans le cadre de la Stratégie de dette à moyen terme du Gouvernement et estime que la dette demeure viable à moyen et long termes dans le scénario de base.
Le grand déminage par les chiffres
Au bout du compte, les données disponibles permettent de sortir le débat du registre de la rumeur pour le ramener à celui des chiffres.
15,012 milliards de dollars fin 2025.
18,552 milliards au 30 juin 2026.
1,25 milliard mobilisé sur le marché international.
68,61 % de financements concessionnels.
10 % de valeur actuelle de la dette extérieure rapportée au PIB, pour un seuil de 30 %.
10,5 % pour la dette publique rapportée au PIB, contre un seuil de 35 %.
27 % pour la dette extérieure rapportée aux exportations, contre un seuil de 140 %.
Les chiffres ne dispensent donc pas de vigilance. Ils permettent simplement de poser le débat sur des bases vérifiables.
Pour la RDC, le véritable défi est désormais clair : maintenir cette trajectoire sous contrôle, renforcer les recettes publiques et faire en sorte que chaque nouvel emprunt contribue effectivement à la transformation de l’économie nationale.
Natine K.